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André Florent Camille Camille

L'art d'aimer

André Florent est mort au milieu de l’été 2024, en Grèce, sur l’île de Patmos où il avait sa maison. Il avait soixante-dix-huit ans. André Florent était professeur de philosophie et critique de théâtre, il écrivait notamment pour un magazine culturel en ligne. C’est d’ailleurs par le théâtre que je l’ai rencontré, un ami commun nous avait présentés un soir au début des années 2000 après un Marivaux aux Amandiers à Nanterre. Nous avions pris la navette puis le RER, et nous nous étions retrouvés à Opéra, à parler des acteurs de ce Jeu de l’amour et du hasard que nous venions de voir. D’un coup, je ne sais plus pourquoi, je lui dis ma réplique de théâtre préférée : Je suis un homme ridicule. À ce moment-là je travaillais le début du Rêve d’un homme ridicule de Dostoïevski. Il sourit, ne releva pas. Après dîner, dans la nuit sur le large trottoir à attendre nos taxis respectifs, d’un coup il dit : Songez que je vous parle une langue étrangère. Silence, puis il ajouta : Hippolyte dans Phèdre en parlant de la langue de l’amour, ma réplique de théâtre préférée… Après ça, nous n’avons pas cessé de nous croiser ici ou là, dans des festivals, dans les rues d’Avignon… Nous n’étions pas exactement des amis ou des proches, mais j’avais de l’amitié pour lui, et beaucoup d’estime. Nous nous suivions, nous nous croisions, je lisais ses critiques dans lesquelles toujours j’apprenais, je le respectais, je l’aimais – bien.
Il y a quelques mois, j’appris sa mort par son notaire qui avait « quelque chose pour moi », un manuscrit à publier si je voulais, ce texte, Camille Camille, que j’ai aussitôt lu et qui m’a tout de suite ébloui. 
Tous les livres de la collection Misfits ont un seul mot comme titre, c’est une petite règle formelle que je me suis inventée en travaillant sur la couverture de Guillaume ; je voulais que le prénom excède la page, qu’il sorte du cadre, aille dans les marges… André Florent n’étant plus, je ne pouvais négocier ce détail avec lui, j’ai donc fidèlement conservé son titre d’origine : Camille Camille, deux mots, deux prénoms épicènes, deux fois le « m’aime » qui comme on sait n’est pas l’identique.
C’est la première fois que je publie un texte sans son auteur, je veux dire sans sa présence, sa voix, son corps. C’est une expérience à laquelle je ne m’attendais pas. Comme je ne m’attendais pas à ce texte de la part d’André Florent tel que je le connaissais, à savoir si bien et si peu. J’ignore quelle est ici la part d’autofiction ou d’autobiographie, Camille Camille est un testament artistique sous forme de récit, c’est du théâtre en prose, et avant tout un roman dans le sens de Pascal Quignard (le roman est l’autre de tous les genres), un roman dans lequel André Florent enregistre la fragilité de l’existence de l’art, son peu de poids face aux tourments des êtres et de la vie, mais aussi sa valeur, sa force infinie et sa capacité de produire des images qui nous portent voire nous soulèvent.
Quand Camille dit non, Camille répond oui. Mais c’est qui, Camille ? Lui ? Oui. Et c’est elle aussi bien. C’est Lui et c’est Elle. Ce sont eux, Camille et Camille, et ils sont à vous maintenant.

Olivier Steiner

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Hélène et Ménélas, Andromaque et Hector, Agamemnon et Clytemnestre, Ulysse et Pénélope, Jason et Médée, Phèdre et Hippolyte, Orphée et Eurydice, Didon et Énée, Amour et Psyché, Guenièvre et Lancelot, Tristan et Iseut, Roméo et Juliette, Don Quichotte et Dulcinée, Astrée et Céladon, Chimène et Rodrigue, Don Juan et Elvire, Alceste et Célimène, Titus et Bérénice, La princesse de Clèves et le duc de Nemours, Le chevalier des Grieux et Manon Lescaut, Julie d’Étange et Saint Preux, Charlotte et Werther, La marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, Paul et Virginie, Faust et Marguerite, Julien Sorel et Louise de Rênal, Esmeralda et Quasimodo, Jane Eyre et Edward Rochester, Catherine Earnshaw et Heathcliff, Thérèse Raquin et Laurent, Frédéric Moreau et Marie Arnoux, Anna Karénine et Alexis Vronski, Cyrano de Bergerac et Roxane, Charles Swann et Odette de Crécy, Lady Constance Chatterley et Oliver Mellors, Rhett Butler et Scarlett O’Hara, Willie et Winnie, Ariane d’Auble et Solal des Solal, Camille et Camille.

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André Florent

Inutile de googliser « André Florent », vous ne trouverez que des homonymes. André Florent est le pseudonyme que le véritable « André Florent » a choisi pour publier post-mortem Camille Camille, il devait avoir ses raisons et je les respecte. OS


de André Florent
Édité par Labyrinthes, 2025
Collection : Misfits
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